Auteur: VÕ NHƯ Lan

L'ART TRADITIONNEL VIETNAMIEN: La Musique

  1. Perception

    La perception qu'a chacun de nous sur la musique traditionnelle vietnamienne est différente. Phuong Ca Dan Ca Quoc Nhac présente aussi une certaine sensibilité, un certain esprit sur cette musique.

    De ce constat, les moyens utilisés sont tributaires de ces buts à atteindre.

    PCDCQN est incontestablement l'une des premières et l'une des plus vieilles écoles de musique traditionnelle vietnamienne. En effet PCDCQN existe depuis un quart de siècle. Sa création remonte aux environs de 1969/1970. Au travers de toutes les tourmentes de l'histoire de notre pays, PCDCQN en ressort de plus en plus forte, de plus en plus réconfortée. Ceci grâce à une volonté sans faille, un but clair et précis, une méthodologie de travail rationnelle et un soutient de plus en plus grand de tous ces milliers de jeunes qui nous ont rejoint.

    Après 25 ans de travaux et de recherche appliqués à la Pédagogie Musicale, PCDCQN présente ses travaux donc les premiers éléments sont utilisés dans la rédaction de ce livre. Un premier livre (dàn Tranh Mâu Giao ou Cithare pour les tout-petits) a été déjà rédigé dans ce même esprit.

    Il va de soit que tout au long des livres qui couvrent l'ensemble des cours de musique traditionnelle vietnamienne de PCDCQN, seul les résultats seront présentés. D'autres livres (plus axés sur la recherche) aborderont avec beaucoup plus de détails les résultats présentés ici. En quelque sorte dans ces livres de ñàn Tranh seul le "COMMENT" sera abordé. Le "POURQUOI" est réservé aux livres de recherche.

     

    Une dernière chose à préciser. Les travaux de PCDCQN ne remettent en cause à aucun moment l'état existant de la musique traditionnelle vietnamienne. Nos travaux ont été réalisés avec un but précis : fournir à PCDCQN les moyens méthodologiques nécessaire à l'enseignement de sa musique. 

  2. Les Principaux courants de Musique Traditionnelle Vietnamienne

    La Musique Traditionnelle Vietnamienne, fortement influencée à ses débuts par les courants musicaux de l'Inde et de la Chine, s'est peu à peu structurée vers le 18ème siècle pour donner naissance à la Musique de Huê (Huê ancienne capitale Impériale).

    Vers la fin 19ème siècle et au début du 20ème siècle , l'influence des différents courants de Musique Populaire a donné naissance au Sud Viêt Nam à la musique dite "Nhac Tài Tu " (Musique des Amateurs) et au nord Viêt nam des styles de musique comme le Hat Quan Ho ...

    Cependant vers la fin du 20ème siècle, sont apparus 3 courants principaux caractérisant cette musique :

    a) Vers les années 50, une présentation de cette musique fortement influencée dans sa structure logique par les théories musicales occidentales. Ce courant est représenté par les musicologues formés à l'occidentale. C'est vers cette période que des documents, des écrits ont analysé cette musique dans les moindres détails. Des définitions sur certains éléments fondamentaux (tel le Hoi, le diêu ) ont été proposés en s'appuyant sur des définitions similaires existant en musicologie occidentale.

    Encore de nos jours d'innombrables documents sont écrits tant qu'au Viêt Nam qu'à l'étranger dans cet esprit.

    b) Dans ce même laps de temps est apparu un autre courant beaucoup plus axé sur l'INTERPRETATION. Ce courant dite professionnelle subit lourdement les influences occidentales et chinoises en ce qui concernent la composition d'un orchestre, les arrangements, l'aspect vestimentaire ... C'est au Nord Viêt Nam (avant 1975) qu'on retrouve ce courant. Après 1975, au Sud Viêt nam on retrouve aussi ce courant. Actuellement la majorité des "groupes musicaux viêtnamiens" se produisant en Europe présentent ce courant. On peut citer les plus connus : Tre Xanh, Phong Lan ...

    c) Enfin vers les années 1960-63, un 3ème courant est apparu au Sud Viêt Nam: la Musique utilisée comme mode d'expression et moyens de contrôles des sentiments. La base de cette musique est une structuration sous forme de Système Pédagogique plus ou moins cohérent.
    Les grands musiciens de ce courant ont tous été de très grands Maîtres : les professeurs Nguyên Huu Ba, Nguyên Van Thinh, Nguyên Vinh Bao ..

    Cette musique a été très dynamique dans sa logique d'organisation.
    Au Viêt nam actuellement ce courant s'oriente vers une radicalisation de l'enseignement s'orientant vers l'enseignement de l'INTERPRETATION.

    En France Phuong Ca Dan Ca Quoc Nhac s'oriente vers une rationalisation de l'enseignement de cette musique avec des méthodologies totalement nouvelles ( Informatique, Organisation, Intelligence Artificielle, Logique systémique ...) dans l'approche de la découverte de cette musique. En quelque sorte pour PCDCQN, la forme a changé mais le fond reste.

  3. La Musique Traditionnelle Vietnamienne : Une Tradition Qui Continue

    La musique vietnamienne subit au début, beaucoup d'influence de la musique chinoise, depuis instruments jusqu'aux partitions. L'interprétation, les costumes de scène suivent les règles du pays dominateur (la Chine). Cependant, l'esprit d'indépendance des vietnamiens reste toujours vivace. Nos ancêtres ont su assimilé tout ce qui est beau venant de l'extérieur, tout en sachant l'adapter aux critères de l'esthétique vietnamienne.

    Quand on écoute deux musiciens, chinois et vietnamien, jouer l'un après l'autre le même air, on peut reconnaître aisément la nationalité de chaque artiste, rien qu'en écoutant l'interprétation, sans regarder le joueur. Cette distinction provient de la sensibilité des deux musiciens, de leur façon personnelle d'exécuter (vibrato ou pression sur le cordes).

    Malgré des milliers d'années de domination du puissant voisin, les vietnamiens ne se sont pas laissés assimilés. Bien au contraire, la musique chinoise a été vietnamisée pour devenir la musique vietnamienne : les anciens airs tels que khôc hoàng thiên, ngu diêm mai  ... qui venaient de la terminologie sino-vietnamienne en sont la preuve.

    Un autre exemple de vietnamisation se trouve dans l'écriture et la lecture. Après avoir bien assimilé le chinois, les vietnamiens ont cherché à le modifier pour le lire différemment des chinois et transformer la langue chinoise en langue vietnamienne, l'écriture chinoise en écriture vietnamienne s'appelle "Chu Nôm".

    L'histoire a montré que les vietnamiens ont toujours résisté aux invasions étrangères et se sont toujours efforcé de modifier cet apport extérieur pour en faire la richesse culturelle nationale. Bien sur, il y a eut toujours des éléments déracinés, mais le peuple dans son ensemble est conscient du danger de destruction de la culture nationale par des apports (à tort et à travers).de culture étrangère.

    Après un siècle de colonisation française, les vietnamiens ont assimilé la civilisation occidentale, depuis les techniques scientifiques jusqu'à la culture. Au fil des ans, l'écriture vietnamienne a laissé la place à l'écriture officielle vietnamienne en lettres latines, appelée fièrement "Quôc Ngu" (écriture nationale) par le peuple vietnamien.

    Les faits historiques, nous ont montré, concernant la musique, qu'au travers des émotions perçues, la population de chaque région exprime différemment sa sensibilité, comme son accent propre, bien que la langue vietnamienne est la même du nord au sud.

    De par la différence géographique et climatique, les nuances d'interprétations sont différentes suivant chacune des trois régions. On reconnaît aisément la sensibilité musicale d'un artiste du nord, du centre ou du sud lors de l'interprétation d'un même morceau. Le caractère musical originel d'un morceau se transforme suivant la capacité du joueur, se diversifie en plusieurs partitions secondaires.

    Quand on parle de musique, if faut parler de la façon donc cette musique puisse être apprise. La musique était l'une des quatre distractions de la classe mandarinale aisée (Musique, Jeu d'Echec, Poésie, Peinture). L'auditoire était composé de gens instruits. Ils composaient, puis faisaient de la musique dans leur cercle fermé. La joie de la musique était vulgarisée par la suite dans toutes les classes de la société grâce à l'action des mandarins retraités. Cependant, la plupart des gens de cette époque étaient illettrés et les amateurs de la musique apprenaient suivant la méthode orale, répétant l'air appris jusqu'à ce qu'ils retenaient par coeur.

    Cette méthode a toujours eu cours (même dans les écoles nationales de musique jusqu'à une certaine époque). J'ai suivi moi-même cette méthode avec quelques maîtres âgés. Chaque maître a ses méthodes. Les partitions sont différentes pour le même air. Chaque élève note suivant sa façon. La grande difficulté vient surtout de ce que le maître modifie à chaque fois le rythme et les notes. Il est plus ou moins rigoureux suivant l'élève, d'ou impossibilité de connaître la vraie partition d'origine.

    Les faits historiques (domination successive des chinois, français, américains, soviétiques) nous ont montré que malgré les vicissitudes de son histoire, le Viet Nam a su garder le caractère national et même le renforcer. En s'exprimant différemment, la population de chaque région a enrichi la musique nationale. Le climat, l'accent régional influent la façon de jouer (vibrato, pression sur les cordes...)

    La musique est l'un des aspects de la culture. Si la littérature se divise en littérature populaire et académique, la musique peut aussi se composer de la Grande Musique et de la Musique Populaire.

    La Grande Musique est formée de :

    - Chant de Huê (Ca Huê - Appelée aussi "Musique de Chambre de Huê")
    - Chant du Nord (Ca Trù issu du chant de Huê)
    - Musique du Sud (Nhac Tài Tu), appelé "Musique des Amateurs".

    La Musique Populaire, elle se pratique en plein air, pendant le travail.

    La musique se développe beaucoup vers la fin du 19ème siècle. Hoàng Yên a écrit des textes sur l'étude de la cithare, de la vielle dans "Les Bulletins des Amis de Hue" - Juillet/Septembre 1919. Les partitions sont écrites suivant la méthode chinoise (gamme pentatonique : Hò Xu Xang Xê Cong = Sol La Do Ré Mi).

    Au centre Viêt Nam, Il y a aussi des grands musiciens jouant d'autres instruments traditionnels, tels que :

    - Vinh Trân (Monocorde, Luth à quatre cordes)
    - Buu Lôc (Cithare et vièle), il a écrit nombreuse de paroles de musique .
    - Vïnh Phan (Cithare , Luth à quatre cordes)
    - Trinh Chuc, Nguyên Van Ky... dans le groupe Huong Binh, dont le programme de chant de Huê passe souvent sur l'antenne de Radio Saigon à l'époque.

    Le professeur Nguyên Huu Ba a étudié et modernisé la musique ancienne pour propager dans les milieux estudiantines à travers les colloques sur la musique.

    Des chanteuses du Ca Huê de renom comme cô Nhon, Tuyêt Huong, Bich Liêu, Thu Tâm, Châu Loan,

    A la même époque, au Sud Viet Nam, beaucoup de musiciens ont créé de nouveaux airs enrichissant ainsi la musique ancienne.

    Citons :

    - Nguyên Van Ky, alias Chin Ky, considéré comme le "Chef' de la "Musique Amateur du Sud".
    - Sau Lâu, auteur de "Da Cô Hoài Lang", précurseur de I'actuel "Vong Cô".
    - Trân Quang Quon, inventeur de la corde Tô Lan sur la vièle.
    - Nguyên Tri Khuong, grand flûtiste.

    D'autres musiciens connus comme Nguyên Van Thinh, Vinh Bao, Pham Van Nghi, Bùi Van Hai, Vo Van Khuê, Bay Ba, Ba Du, Tu Huyên, Chin Trich, Sau Tung, Bay Hàm se sont merveilleusement servis des cithares, vièles, violons, flûtes, tambours, monocordes, enseignés au conservatoire ou lors des émissions à la radio.

    Les grandes chanteuses sont Medames Muoi Ba, Hô Tuyêt Loan, Trang Kim Anh

    Les artistes du "Théâtre de gestes" ne sont pas abordés ici. .

    Après 1954, des artistes de renom comme Ngô Nhât Thanh, Nguyên Van Thanh, Trân Viêt Vân, Tran Nhât Hung, Kim Ban, Huê Dang, Thu Vân, Kim Nhung dans la théâtre de Chèo du Nord se sont installés au Sud et ont perpétué la Musique Traditionnelle du Vietnam .

    Un cas particulier: M. Nguyên Van Nang a inventé le "Phung Minh", une variante du violon vietnamien, avec une caisse de résonance ressemblant au Trung Hô et donnant un son très grave.

    Concernant le "théâtre rénové", il y a aussi des artistes très renommés comme Bích Thuân, Bích Hop, Kim Chung, Huynh Thai. etc..

    Au Nord Viêt Nam , la musique traditionnelle est très prisée et popularisée. Citons des artistes très connues : Mesdemoiselles Ái Liên, Ái Loan., et particulièrement dans le "Ca Trù", il y a Mesdames Quách Thi Hô, Nguyên Thi Nhung, Kim Dung.

    A l'étranger, surtout en France, messieurs Trân Van Khê, Trân Quang Hai, Nguyên Ngoc My ont beaucoup contribué à propager la musique traditionnelle vietnamienne.

    A l'heure actuelle, parmi les grands artistes dépassant soixante dix ans, il y en a déjà certains artistes qui nous ont quitté, laissant derrière eux de précieux documents. Ceux qui restent sont le trait d'union de la musique ancienne et de la musique moderne. Beaucoup de jeunes sont très attachés à la culture nationale et s'efforcent, à travers les documents anciens et les méthodes modernes plus adaptés, à approfondir et enrichir la musique traditionnelle vietnamienne, aussi bien qu'au Viêt Nam qu'à l'étranger. 

     

  4. La Musique Traditionnelle Vietnamienne : Les enseignants

    Au Viet Nam il y a un terme qui nous désigne : Nhà Giáo ou CELUI QUI ENSEIGNE. L'enseignant est de nature réservé et surtout en ce qui concerne les arts traditionnels. Notre rôle n'est pas d'écrire, mais d'enseigner les traditions, les acquis de notre culture. Le rôle des intellectuels se doivent d'être obligés de nous aider en réfléchissant sur notre civilisation, notre passé et surtout notre avenir car elle concerne pleinement nos enfants. Les musiciens professionnels se doivent d'être capable de faire vivre ces traditions au travers de leurs talents.

    La division du pays en deux en 1954, a donné naissance a une situation très particulière.

    L'élite vietnamienne (comprendre par là, la classe intellectuelle formée à I'occidentale) a réalisé de remarquables recherches. Malheureusement ces efforts de recherche sont pour I'instant encore axés sur des sujets fondamentaux, historiques ou le fruit du travail ne profite (pour I'instant) qu'à leurs auteurs et aux institutions qui les emploient (CNRS, université, instituts de musicologie ...). Cette élite vit essentiellement à I'étranger.

    Au nord du Viet Nam émerge une classe de musiciens dont les talents techniques et professionnels ne sont plus à discuter. Les techniques de chant d'opéra sont incorporés dans les chants populaires. Le jeu des instruments traditionnels imitent à la perfection le jeu des instruments occidentaux.

    Au sud Viet Nam (dans les années 1954), une autre classe de musiciens font perpétuer la tradition : les enseignants. La plupart des grands musiciens traditionnels sont des enseignants. Les professeurs Nguyên Huu Ba , Buu Lôc,Vinh Trân, Vinh Phan, Nguyên van Thinh, Nguyên Vinh Bao... Les professeurs Nghiêm Phú Phi (ancien Directeur du Conservatoire National Supérieur de Saigon), le père Ngô Duy Linh (ancien Directeur du Conservatoire National Supérieur de Hué) ont plus que contribué au développement de la musique traditionnelle vietnamienne.

    Dans les années 1965, une nouvelle génération de jeunes professeurs est arrivée. On remarquera quelques unes d'entre elles : Pham Thúy Hoan, Phuong Oanh, Quynh Hanh, Ngoc Dung ...

    Jeunes, réalistes, connaissant parfaitement la musique traditionnelle vietnamienne et la musique occidentale, elles ont réalisé une première approche, une première structuration de I'enseignement de cette musique. Elles ont plus ou moins réussi puisque jamais encore cette musique n'a été aussi étudiée par les jeunes dans les années 1970.

    Il faut remarquer que le jeu technique et instrumental au Sud Viet Nam est pur et innocent . Cela ne peut nous surprendre puisque cette technique a été essentiellement pédagogique.

    L'exil de 1975 au moins un mérite, c'est que cet exil a permis le renouvellement et la continuité de cette tradition par une nouvelle génération de jeunes professeurs qui ont toutes les qualités requises. En effet ces nouveaux professeurs et diplômés sont tous issus du milieu universitaire de haut niveau. La longue liste de cette nouvelle génération nous donne tous raisons d'espérer ...

 

Phuong Ca Dan Ca Quoc Nhac 28 ter rue des Mallets 95150 Taverny FRANCE
Tél: 33 (0)1 39 95 28 53 Fax: 33 (0)1 34 18 11 15 Email: info@phuongca.org